Diversification agricole : un besoin de formation

Quel est l’état de la diversification agricole en France ?

Lors de la conférence de presse du Salon International de l’Agriculture, Thierry Guerrier, journaliste et animateur de la discussion, interrogeait les intervenants suivants :

  • Jean-Luc Poulain, président du Salon Internation de l’Agriculture
  • Jean-Marie Goujat, éleveur
  • Gwendoline Palmer et Mahdi Nakechbandi, agriculteurs à l’issue d’une reconversion professionnelle
  • Alexandre Sintes, producteur
  • Pierre Cordnu, historien

L’échange s’articule autour de la diversification agricole ainsi que des besoins en matière de reconversion professionnelle et de formation.

A propos de la reconversion professionnelle dans le monde rural

Gwendoline Palmer est une ancienne responsable marketing ; Mahdi Nakechbandi était ingénieur mécanique dans l’industrie. Tous deux vivaient en région parisienne et aucun n’avait de lien avec le monde agricole.

Très peu satisfaits par leur ancien emploi, et soucieux des nouveaux problèmes environnementaux, ils se sont lancés il y a deux ans après s’être donnés un an de réflexion. Ils se sont formés à cet effet. Depuis un an, ils sont producteurs dans le Calvados. Ils disposent d’un maraîchage très diversifié (sur sol vivant), d’une agriculture biologique, d’un atelier de poules pondeuses ainsi que d’un verger cidricole de deux hectares en début d’exploitation.

Tous les deux ont été diplômés en juin 2018, et en parallèle ils ont cherché à acquérir un bien foncier. Ils se sont finalement installés un mois plus tard et ont, depuis, suivi des formations complémentaires à leur formation initiale. Enfin, ils ont constitué un dossier afin de demander des aides à l’installation en milieu rural. Pour en bénéficier, il faut avoir suivi le parcours à l’installation.

Le plus difficile aura été à leurs yeux de mener de front l’installation en tant que telle et la création à proprement parler, très lourde administrativement, ce qui a tendance à décourager bon nombre de jeunes agriculteurs qui s’installent.

Psychologiquement, ils sont heureux d’avoir opté pour la diversification agricole, d’autant plus qu’ils participent activement au développement local. Leur objectif est de toucher un SMIC au bout de quatre années d’exploitation. Toutefois, il faut aussi prendre en compte l’ensemble des denrées alimentaires qu’ils produisent pour leur propre consommation, ce qui génère des économies substantielles.

 

Quelle a été l’évolution de la diversification agricole d’un point de vue historique

L’historien Pierre Cornu reconnaît que cette ouverture du monde agricole à la société civile est quelque chose de tout à fait inédit. Mais il ajoute que les rapports entre l’urbain et le rural ont toujours été très complexes et fluctuants. Nous sommes tout de même à un tournant vis-à-vis des questions d’environnement, d’alimentation ou de santé. L’urgence est à la façon d’opérer une transition dans nos modes de consommation.

L’historien inscrit tout ceci dans la durée. Le risque est une perte de compréhension de la trajectoire sur laquelle nous sommes. On ne revient jamais en arrière et il ne faut pas perdre de vue ce sur quel secteur il faut innover ou se tourner vers la diversification agricole.

Pierre Cornu aborde ensuite les changements qu’il a lui-même été amené à opérer dans son métier. Il s’agit non plus seulement de dispenser des connaissances sur le passé, mais de permettre aux élèves, de plus en plus attentifs à agir pour l’écologie dès la fin de leurs études. Il importe pour eux de penser les moyens d’une transition vers un développement durable dans tous les domaines, donc de diversification agricole.

Historiquement, l’agriculture en 1945 était dans un état lamentable suite à la crise des années 30 puis à l’occupation et aux conflits des années 40. Elle était en outre totalement dépassée techniquement, et il y a donc eu à cette occasion un profond travail de recherche pour s’adapter aux nouvelles demandes du marché. Nous sommes aujourd’hui dans un schéma similaire ; l’importance des facteurs à changer est à peu près du même ordre.

Les questions agricoles ont beau être très affectives en France, car empreintes d’une mythologie nationale, les besoins sont immenses en termes de production, de diversification agricole, de conseil ou d’accompagnement.

Ces questions sont particulièrement sensibles en France car cette dernière a gardé très longtemps (jusqu’au milieu du XXe siècle) une tradition agricole autonome à base familiale. La France, en définitive, a deux visages sur ces questions : celui de la performance et de l’excellence technique d’un côté, et de l’autre celui des produits labellisés, de la gastronomie et d’un certain art de vivre. Or il y a, bien sûr, une grande difficulté à articuler ces deux facettes, complexes l’une comme l’autre.

Il faut accepter et assumer que les questions liées à l’agriculture, à l’alimentation et à l’environnement sont des questions profondément politiques. Dans ce changement de rapports entre science et société, l’INRA a elle aussi muté pour privilégier les démarches collaboratives, de co-construction des transitions écologies pour les adapter aux acteurs et aux territoires.

Hier tournée vers la reconstruction d’après-guerre, l’INRA a, aujourd’hui, intégré d’autres problématiques pour devenir, depuis le 1er janvier 2020, l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), dont la vocation est d’aider à piloter des projets de transition, d’adaptation et de diversification agricole dans les domaines qui sont de son ressort.

 

Reterritorialisation et modèles économiques

Alexandre Sintes, fils d’agriculteur, ancien mécanicien et chauffeur-livreur, explique ensuite sa reconversion professionnelle dans l’agriculture. Il a repris l’exploitation de ses parents en 2004, tout en continuant d’exercer en parallèle son premier métier, ce durant treize ans. Cette exploitation, consacrée à l’élevage ovin, s’étend sur 72 hectares.

Dans un souci de diversification agricole, il a récemment ouvert, en plus, un atelier de volailles (poulets label rouge) en vente directe. Cette année, sa compagne a mis fin à son activité de comptable pour s’établir avec lui. Le succès croissant, ils pratiquent à présent la vente locale, fournissant notamment les collèges environnants, bientôt les lycées. Un résultat probant pour ces démarches de diversification agricole.

Leur cible se limite toutefois aux particuliers dans un rayon de 200 kilomètres. Alexandre Sintes avoue que le Salon International de l’Agriculture lui a été d’une aide précieuse pour son adaptation et le développement de son activité. Pour attirer davantage la clientèle et miser sur la diversification agricole, il s’adapte en organisant des randonnées agri-culturelles et des spectacles.

En complément, Pierre Cornu rappelle que l’acte de consommation est, de nos jours, à la fois alimentaire, culturel, éthique et quasiment politique ; on fait ses choix en fonction de ses valeurs. Réussir à garantir toutes ces exigences en conservant un prix compétitif demande, forcément, un grand esprit d’innovation.

On assiste aujourd’hui à une reterritorialisation des systèmes alimentaires afin de reconstruire du lien entre les producteurs, les politiques et les consommateurs, ce qui oblige à s’adapter en sortant de la logique de filières. Un autre symptôme de la diversification agricole.

Jean-Marie Goujat, éleveur de la vache égérie du Salon, explique quant à lui en quoi cette consécration constitue pour lui une aubaine et un sérieux coup de pouce. Il pratique l’élevage extensif et travaille dans une ambiance familiale, avec son père et l’un de ses frères. Il estime important de donner le temps qui convient à la phase d’élevage, afin de produire une viande de qualité.

En revanche, il ne pratique pas la vente directe, il vend dans la filière. Il est donc vraiment nécessaire, dans sa situation, de vendre sa viande à un prix juste pour voir durer ce type d’élevage qui correspond à ses yeux à ce que désirent pour l’avenir les consommateurs français.

 

Intervenants : Thierry Guerrier (journaliste, animateur de la conférence), Jean-Luc Poulain (président du Salon), Jean-Marie Goujat (éleveur), Gwendoline Palmer et Mahdi Nakechbandi (agriculteurs après une reconversion professionnelle), Alexandre Sintes (producteur) et Pierre Cornu (historien).

Des questions ?

Notre équipe est à votre écoute

Contactez nous

Recevez notre newsletter

S'abonner à la newsletter

Rejoignez notre communauté

  • Picto Facebook
  • Picto Twitter
  • Picto Instagram
  • Picto Youtube
  • Picto Linkedin