Politique agricole : focus sur l’action de l'État

Agriculture française : état des lieux

Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, rappelle que l’agriculture, en accord avec le slogan du Salon, tend aussi bien les bras aux jeunes qui veulent se former qu’aux agriculteurs qui doivent mieux communiquer ou à la société qui désire mieux consommer.

Il annonce que le ministère va communiquer cette année sur les côtés positifs du tournant que prend l’agriculture en France. Il faut lutter contre l’agribashing, cette tendance à accuser les agriculteurs d’empoisonnement, de pollution et de maltraitance animale.

Point sur la politique agricole française

L’agriculture française est l’une des plus durables au monde, et l’alimentation qui en découle est saine et tracée. L’autonomie alimentaire française est une chance, elle doit être maintenue. C’est dans cette perspective que le renouveau des lycées agricoles a été entrepris dans la cadre de la politique agricole de l’Etat, avec succès. De même, il faut favoriser l’installation (physique et administrative) de jeunes hors-cadre, c’est-à-dire de ceux qui ne sont pas issus de familles d’agriculteurs.

Aujourd’hui, le métier d’agriculteur en France est le seul qui ne décide pas de ses prix. Malgré cela, l’année 2018 a enregistré près de 12 000 nouvelles installations sur le territoire. Mais dans le même temps, environ 15 000 agriculteurs sont partis en retraite. Cela montre bien l’attrait et le besoin de ruralité.

Pour certains (la société civile) les changements en matière de politique agricole ne vont pas assez vite, pour d’autres (les agriculteurs), ils vont trop vite, notamment lorsque le Conseil d’État impose des zones de non-traitement (ZNT). Les agriculteurs peuvent avoir peur – à juste titre d’ailleurs – d’être lésés vis-à-vis de la concurrence européenne (dumping social, fiscal ou sanitaire). Une bonne communication est donc essentielle. La loi #EGalim, votée en 2018, y participe.

L’agriculture tend donc les bras, en effet, à toute la société, sans opposer les uns aux autres. Jean-Luc Poulain ajoute, en ce sens, que le Salon a vocation à abattre des murs et construire des ponts en matière d’agriculture.

Quelles sont les mesures prises afin d’améliorer la loi #EGalim ?

Le ministre commence par évoquer rapidement les points sur lesquels sa politique agricole et en particulier la loi #EGalim n’ont pas amené aux résultats escomptés. Il mentionne aussi les contretemps intervenus dans la communication auprès des agricultures lors de la mise en place de cette loi.

En particulier, il faut rappeler que l’expérimentation de cette politique agricole doit être menée sur deux ans, et qu’il reste donc une année à évaluer. Les négociations commerciales doivent également être améliorées et tout le monde doit jouer le jeu : les coopératives, les PME de l’agro-alimentaire et la grande distribution. Les coûts des objectifs de chaque filière ont été établis en amont.

Comment réagir face au taux d’utilisation des pesticides ?

Didier Guillaume relève plus de 20% d’achats supplémentaires de pesticides l’année dernière. Cette augmentation ne concerne cependant que les produits les moins toxiques. De plus, à partir du moment où le Gouvernement, les agriculteurs et les ONG ont tous la volonté d’avancer sur ce sujet, on ne peut pas parler d’échec, mais d’expérimentation de la politique agricole.

L’objectif est de diminuer de 25% la dépendance aux produits phytosanitaires d’ici 2025. L’INRAE, de son côté, doit travailler à l’élaboration de produits alternatifs. Le ministère réitère pour finir que le Gouvernement ne cèdera pas sur cette question majeure.

Où en est le plan de protéines végétales ?

C’est également un sujet important en matière de politique agricole, mais dont on parle assez peu. L’autonomie protéique est l’un des objectifs du président de la République, pour les élevages notamment, car les protéines végétales peuvent servir dans l’alimentation. Une filière doit être créée afin de garantir l’autonomie. La communication à ce sujet va être intensifiée dans les semaines à venir.

Les objectifs relatifs aux œufs de batterie seront-ils tenus ?

En 2020, la production d’œufs de poule élevée en cage représente encore 66% de l’ensemble. À ce sujet, le ministre répond qu’une interdiction a déjà été faite de construire, de rénover ou d’agrandir des bâtiments d’élevage.

Le pourcentage d’animaux élevés en plein air est néanmoins en constante progression. Là encore, l’économie est fondamentale : on ne peut en effet pas prendre de décision, quelle qu’elle soit, sans en évaluer au préalable les conséquences économiques. Une politique agricole forte est nécessaire, car il en va de la confiance des Français.

Où en est-on quant au bien-être animal ?

Le ministère travaille en étroite collaboration avec les filières et les différentes associations pour mener sa politique agricole en matière de bien-être animal. Trois secteurs sont privilégiés : la plate-forme franco-allemande, le sort des animaux de compagnie, les progrès amorcés dans la filière porcine.

Didier Guillaume avoue toutefois être opposé au fait de s’appuyer sèchement sur des textes de loi pour mener des actions de politique agricole. Il a davantage en vue la co-construction de la solution par l’action conjointe des différents acteurs. Les éleveurs doivent être requis et communiquer ; la maltraitance n’est jamais volontaire. Il faut pouvoir avancer sans mettre à mal l’avenir économique des différentes filières.

Face au mal-être des agriculteurs, comment donner envie ?

Jean-Luc Poulain répond à cela que le problème principal, hormis celui des faibles revenus, provient d’une incompréhension d’une partie de la société civile de l’action des agriculteurs. On peut difficilement accuser ce corps de métier de tous les maux et en même temps vivre objectivement dans un pays où l’espérance de vie est la plus longue, où la sécurité alimentaire est la meilleure et où la qualité des produits est irréprochable.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l’agriculture est une industrie lourde, et que l’investissement au long cours qu’elle engendre se plie difficilement à des remaniements de politique agricole trop rapprochés dans le temps.

Quid de la demande de moratoire sur l’application des ZNT par la FNSEA ?

Le ministre rappelle que ce n’est pas le Gouvernement qui a décidé de la mise en place de cette partie de la politique agricole française, mais le Conseil d’État, soit la plus haute juridiction administrative. Il ne peut donc pas y avoir de moratoire sur cette question sans avoir la main dessus.

Le recul de l’agro-alimentaire français en Europe est-il inéluctable ?

Ce recul est inquiétant, mais pas inéluctable. La balance du commerce extérieur dans ce domaine a beau être positive, elle a diminué de moitié sur les dix dernières années. Mais dans le cadre du pacte productif, il y a toute une partie agro-alimentaire qui peut partir en quête de nouvelles parts de marché sur l’excellence comme sur la segmentation, en Europe ou ailleurs.

 

Intervenants : Thierry Guerrier (journaliste, animateur de la conférence), Didier Guillaume (ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation) et Jean-Luc Poulain (président du Salon).

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