Bretonne Pie-Noir, « la vache au naturel, la vache des paysans heureux »

Voici une petite présentation de la race de notre égérie Fine, une bretonne pie-noir. 

La Bretonne Pie Noir est une petite vache rustique, locale … et qui revient de loin ! Elle est née en Bretagne, plus précisément entre le sud du Finistère et le Morbihan au XIXème siècle. Très appréciée pour la richesse et la qualité de son lait, la finesse de sa viande et pour ses excellentes qualités d’élevage (haute fertilité, qualités maternelles, valorisation des fourrages grossiers), elle a progressivement gagné tout l’Ouest et même au-delà : la Bretonne était la première race Française en 1900 avec 700 000 têtes recensées. Elle est appelée « pie noir » en raison de la couleur de sa robe, qui est de deux couleurs, blanc et noir, avec très souvent la présence d’une « écharpe » et d’une « ceinture » blanches. Sa tête est expressive et porte des cornes, en lyre ou en croissant. C’est la plus petite race de vache de France, mais aussi une des plus rustiques et faciles à élever ; elle est économe et autonome à tous les points de vue !

Un peu d’histoire

A la sortie de la seconde guerre mondiale, le Plan Marshall est mis en place, et le mot d’ordre est donné : l’agriculture doit être plus productive et toute la politique agricole nationale se met en marche dans ce sens. On cherche alors à recentrer les efforts de sélection animale sur quelques races spécialisées et productives : les races locales n’ont plus le droit de cité et elles sont vouées à  disparaître, non adaptées à cette intensification.

Les effectifs de la BPN chutent drastiquement : En 1958, on recense 400 000 vaches, 200 000 en 1964, 150 000 en 1968, et en 1975, on ne compte plus que 15 000 vaches Bretonne Pie Noir. Si la courbe d’évolution perdure, la race est vouée à s’éteindre avant 1980. Sous l’impulsion de deux scientifiques passionnés, Pierre Quéméré, professeur de zootechnie à Lasalle Beauvais et Jean-Jacques Colleau, généticien à l’INRA, le plan de sauvegarde génétique de la BPN est lancé en 1976, premier du genre au niveau national qui sera suivi par tous les autres plans de sauvegarde des races locales en France. Le plan démarre avec les éleveurs motivés pour signer un contrat d’engagement de maintien de la race avec accouplements raisonnées programmés, sur une base de 331 vaches engagées dans le programme. Progressivement, les effectifs remontent, et dépassent les 1000 vaches en 2000 pour atteindre les 2000 aujourd’hui. Cette progression ne s’est pas faite uniquement grâce à un programme de conservation génétique ; elle s’est accompagnée d’un plan de relance de la race, axé sur la promotion de la race dans les systèmes agricoles professionnels, d’un programme de communication et d’un travail sur la valorisation des produits.

A ce titre, une marque « Gwell » a été déposée par la société des éleveurs de Bretonne Pie Noir, désignant une recette traditionnelle finistérienne de gros-lait (lait fermenté) fabriqué à la ferme, uniquement à partir de lait de Bretonne Pie noir.

La race aujourd’hui

La race a aujourd’hui pleinement trouvé sa place dans des systèmes agro-écologique économes, innovants, privilégiant la valeur ajoutée et la haute valeur gustative des produits par la transformation fermière sur des fermes de petite taille (de 15 à 20 vaches en moyenne). La race est mixte et permet à la fois de transformer son lait et sa viande pour en faire des produits fins, de qualité et très typiques, directement liés aux terroirs bretons. Les produits laitiers (fromages, Gwell, yaourts, crème, beurre…) et carnés (viande de veau, de bœuf, viande séchée, fumée…) sont exclusivement vendus en circuits courts, en vente directe, en AMAP, magasin de producteurs ou aux restaurateurs.

fromage

Les hommes et les femmes qui l’élèvent avec passion aiment à dire que ce sont des « paysans heureux » ; ils sont paysans car ils sont complètement acteurs dans leur « pays », dont ils travaillent le sol et le terroir et dont ils font vivre l’économie locale,  et heureux car ils ont complètement choisi la race en lien avec un mode de vie souhaité et assumé. La cohérence des systèmes se retrouve jusque dans la vache choisie, adaptée à l’élevage en plein air et herbager. Ils souhaitent apporter une continuité dans la belle histoire jusque-là écrite avec la race, en se la réappropriant dans des dynamiques d’élevages professionnels pour porter haut le patrimoine animal vivant, la biodiversité et les savoir-faire qui ont mis des siècles à se construire. En somme, une race moderne, qui répond aux attentes des éleveurs et des consommateurs d’aujourd’hui et de demain et aux problématiques d’une agriculture du XXIème siècle qui doit être économe, faire preuve d’ouverture et être performante sur tous les plans économiques, sociaux et environnementaux.