5 questions à Gilles Druet

Entretien avec l'éleveur d'Imminence

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui a constamment renforcé au fil du temps votre vocation ?

J’ai toujours eu un tempérament curieux, j’aime comparer, analyser avant de prendre des décisions. En 1996, j’ai pris la suite de mes parents, propriétaires comme leurs parents de l’exploitation située à Saint-Aubin et passionnés par la race Bleue du Nord. J’ai suivi en ce sens une formation agricole dès le collège : BEP, BTA et BTS agricole en alternance, réalisée sur le domaine familial (qui comptait alors une trentaine de vaches laitières Bleues du Nord) et sur d’autres exploitations, dont un mois de stage en Australie. Dès mon installation j’ai souhaité moderniser l’exploitation, prendre en compte le bien-être et l’efficacité : cela s’est fait de 1998 à 2001, avec la nouvelle salle de traite et la construction d’un bâtiment pour que les animaux soient en liberté. Cet investissement important a apporté un meilleur confort aux bêtes et… au travailleur, avec un gain de temps qui m’a rendu au quotidien plus performant ! Parallèlement, je n’ai cessé de cultiver mon attachement au territoire, à ses richesses naturelles, sa diversité et sa biodiversité avec une volonté forte de transmettre aussi ceci à mes enfants ! J’ai moi-même pu recevoir de mes parents cette passion de l’élevage, ce souci de faire vivre nos territoires. Voilà qui a renforcé ma vocation et récompensé les efforts fournis : ma famille, la nouvelle génération à venir, ce sont eux les moteurs ! 

L’exigence et l’excellence sont donc des critères essentiels pour s’épanouir dans le métier d’éleveur. Le rôle de l’entourage aussi. Au-delà d’un patrimoine, que transmet-on à celle ou à celui qui prendra la relève ?

Quand je me suis installé avec ma femme Isabelle, j’ai souhaité pour nous une meilleure qualité de vie et après 2010, il y a vraiment eu une bascule avec l’arrivée des enfants. Entre 2010 et 2015, lors de travaux sur la ferme, nous avons même embauché des salariés pour nous aider pendant cette période de croissance. Aujourd’hui nous élevons tous les deux nos 100 vaches sur 115 hectares dont 100 hectares de prairies et 15 hectares de cultures (maïs et céréales). Sachant qu’une nouvelle génération se présente, c’est à ce moment que l’on a encore plus envie de transmettre une exploitation durable, moderne, à taille humaine et avec le confort qui va avec. Au-delà de la viabilité, on transmet évidemment la passion du métier d’éleveur et de sélectionneur, pas toujours évident car très contraignant et l’amour des animaux. Avec les contraintes de la vie d’éleveur qu’il ne faut pas cacher ou minimiser ! On gère une entreprise et il faut prendre du temps pour soi aussi… Nous partons donc en vacances une fois par an et nous repartons aussi en hiver juste ma femme et moi. Ce temps pour les loisirs et la vie personnelle, les jeunes y sont sensibles et attentifs, je veux montrer à mes enfants que c’est possible… grâce aussi aux nouvelles technologies qui nous facilitent le quotidien. Nous n’avons pas de robots de traite, mais des logiciels de gestion de la production de lait et de gestion de suivi de troupeaux (essentiel au moment du vêlage par exemple). Il faut vivre avec son temps !

Pourquoi avoir choisi l’élevage de la race Bleue du Nord que cette édition du Salon 2019 met en avant ? Quels enjeux ce choix implique-t-il pour vous et pour votre exploitation ?

Ce choix de poursuivre et de faire fructifier l’élevage parental en passant de 35 à 100 vaches Bleue du Nord a toujours été une évidence pour moi. Rustique, robuste, docile, résistante au climat froid et pluvieux du Nord, cette race est hyper adaptée à mon système d’élevage extensif d’exploitation caractérisé par un faible chargement d'effectifs animaux dans les pâturages à l'hectare. Comme les Bleues du Nord résistent aux intempéries, elles restent longtemps dehors et profitent pleinement de la forte quantité d’herbes disponible et des bocages voisins. Vous l’aurez compris, cette race n’a aucun défaut (en toute objectivité d’éleveur passionné !). Du printemps à l’hiver les vaches se nourrissent d’herbe fraîche des pâtures et l’hiver, de foin et de foin préfané.

Que signifie pour vous la thématique du Salon cette année : “L’agriculture : des femmes, des hommes, des talents” ? En quoi pensez-vous l’illustrer ?

Cette belle thématique qui célèbre les femmes et les hommes me parle beaucoup ! Pour moi, l’élevage est avant tout une histoire de famille : cela fait 22 ans que j’ai repris l’exploitation de mes parents. Ce sont eux qui m’ont transmis la passion du métier et de la race. Une passion si forte que je l’ai transmise à ma femme Isabelle d’abord, qui illustre pour moi à merveille cette thématique à travers son parcours. De formation comptable, elle n’était pas issue du milieu agricole et elle a parfaitement conduit sa conversion, avec volonté et persévérance ! Elle est aujourd’hui à 100 % sur l’exploitation où elle s’occupe principalement de la traite, des veaux et de l’administratif. Passionnée à son tour par l’élevage et la race Bleue du Nord, elle a fait une formation agricole à distance en 2008 avant de s’installer à mes côtés en 2010. Nous sommes dans la complémentarité totale, nous nous soutenons, nous sommes solidaires. Ces valeurs, cette passion, nous les avons également transmises tout naturellement à nos trois enfants : Julien, Lucie et Victor qui passent leur temps à nous accompagner sur l’exploitation ! Quant aux talents, je crois qu’il s’agit de les identifier chez une personne pour ne pas passer à côté… Et c’est en les unissant, en partageant nos compétences et notre passion pour ce métier que nous trouvons notre équilibre. Et sur ce plan là je crois que nous avons plutôt bien réussi ! Après, ce qui compte c’est le travail de tous les jours, la capacité d’évoluer et de s’adapter…

Comment envisagez-vous de vivre ces 9 jours parisiens avec Imminence ?

La première des priorités sera de monter à Paris en famille, tous les cinq : avec Isabelle mon épouse, Julien 20 ans, déjà engagé dans le métier, Lucie 17 ans et Victor 11 ans, qui tous participent avec entrain à la vie de l’exploitation ! Nous ne ratons, de toutes façons, aucune édition du Salon mais là ce sera quand même un peu spécial et il faudra profiter ensemble de ces moments intenses et riches en émotions qui s’annoncent… Ensuite mon deuxième objectif sera de faire découvrir au grand public cette merveilleuse race qu’est la Bleue du Nord, si typique de notre région et qui a failli disparaitre au 20e siècle. Pour cela je serai aidé de ma vache Imminence, choisie comme égérie du Salon 2019, qui a donné naissance en novembre dernier à son 3e veau, une femelle prénommée Olivia. Je compte vraiment communiquer et dialoguer avec tous les visiteurs du Salon. À côté de mon élevage laitier qui bénéficie de la certification bio depuis deux ans, j’entretiens aussi un verger qui nous permet de faire des jus de pommes, poires et cidres bios et nous vendons de la viande, toujours très appréciée en vente directe. Je suis donc fortement attaché à ce lien précieux avec les consommateurs et très motivé pour leur faire apprécier pendant le Salon toutes les caractéristiques de la race Bleue du Nord.

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